L'écrivain Annie Cohen publie dans le "Le Monde" du 9 février une remarquable tribune : "Pourquoi je vote Ségolène Royal", au moment où plusieurs intellectuels choisissent
"le candidat ultralibéral (…) de l'entourloupe, (de) la démagogie, (de) la tromperie"
. Annie Cohen s'interroge sur les raisons d'un tel choix alors même "qu'un danger réel (…) nous menace, qui nous coupera les élans de créativité, de fraternité." si le candidat de l'UMP était élu.
Annie Cohen montre que les préventions d'une certaine élite "parisienne" tiennent d'abord à son statut de femme. Jamais, on ne ferait (on ne fait) à un homme les mêmes procès d'intention :
- Parce que son discours n'est pas "langue de bois", elle ne ferait que des « bourdes », alors que la plupart des hommes politiques multiplient approximations et contre vérités sans que jamais la presse ne s'en émeuve.
- Parce qu'elle parle des problèmes des gens, elle serait incapable de se préoccuper des "grandes questions".
- Parce qu'elle refuse l'image de l'"homme" politique qui sait tout, a réponse à tout et qu'elle pense qu'il faut d'abord écouter avant de décider, elle n'aurait pas de programme.
- Parce qu'elle a choisit un rythme de campagne qui montre une vraie maîtrise du temps, elle ferait une mauvaise campagne.
- Parce que, parce que…. Parce qu'elle est une femme, elle ne serait pas à sa place pour nos intellectuels de salon.
Annie Cohen écrit fort justement: "On ne pardonnera rien à une femme, on la cantonnera dans un périmètre bien défini, bien déterminé, au-delà duquel elle ne peut s'aventurer, sinon elle court à sa propre perte"
Je suis de celles qui pensent qu'on n'est pas candidat parce qu'on est une femme. Mais il ne faut pas que, parce qu'on est une femme, les exigences soient différentes de celles que l'on attend d'un homme.
Dès 1998, je me suis engagée sur le thème de la "politique autrement", de la politique "citoyenne", de l'écoute, du débat participatif, en même temps que sur la volonté, qui est souvent le propre des femmes en politique, de confrontation des idées plus pacifiées, plus respectueuse des personnes. Comme aujourd'hui Ségolène Royal, cela m'a valu accusations de naïveté, d'amateurisme, quand ce n'était pas un procès en incompétence accompagné de chausse trappe et de coups bas auxquels je me suis interdit de répondre.
Mon engagement auprès de Ségolène Royal résulte d'une profonde communion avec les valeurs qu'elle porte et avec sa conception même de la politique. Son succès sera la seule réponse à la crise démocratique que nous traversons. Son échec, outre la remise en cause des valeurs de notre République et de notre modèle social, consacrerait une profonde crise morale de notre système politique. A terme, il y a un risque majeur d'éclatement de notre société avec son cortège de tensions et de violences.
Les choix de certaines de nos élites, comme autrefois dans les années trente, font aujourd'hui courir un risque majeur à notre pays. Il faut qu'ils en mesurent les conséquences.
Michèle Canet, Présidente du groupe Socialiste au Conseil Général des Hauts de Seine
Vous pouvez lire l'intégralité du texte d'Annie Cohen sur lemonde.fr
Site de Michèle Canet: http://www.canet2007.com/
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